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Episode 1: Karim Brouri, un serial entrepreneur engagé pour la protection de la mer Méditerranée


Nous commençons cette série de portraits des Académiciens avec Karim Brouri, l’aîné de la cohorte. Familier des programmes d'accompagnement (il est le fondateur du premier incubateur du sud de l’Algérie, #Tek2Hub), Karim se trouve habituellement dans la position de coach, ou d'organisateur de programme. Et pourtant, Karim a candidaté à l’Académie des talents méditerranéens et en fait fièrement partie ! Faire des rencontres, confronter son projet à d’autres points de vue, apprendre de nouvelles choses, assouvir sa curiosité, sont tout autant de raisons qui l’ont poussé à postuler et qui en faisait un candidat parfait. Ce programme a en effet comme objectif de réunir des apprenants passionnés par la Méditerranée et les échanges entre les deux rives, mais aussi, et surtout, des apprenants motivés à l’idée de réécrire l’agenda positif de la région à travers des projets à impact. Et Karim a bien l’intention d’avoir de l’impact, et pas qu’un seul ! Avec son projet de nurseries de corail, il ambitionne ainsi de créer des emplois, lutter contre la perte de la biodiversité en Méditerranée, réduire la fracture sociale entre le nord et le sud de l’Algérie ou encore de soutenir la recherche… Un projet de grande envergure qu’il nous présente dans cet entretien.

Parcours et passions


Petit, Karim, c’était l’intello du quartier. Fils unique et de nature curieuse, une fois le lycée technique terminé, il fait l’école Polytechnique d'Alger puis part en France pour enchainer avec les Arts et Métiers. Là-bas, en plus de ses journées à l’école, il suit des cours du soir pour compléter sa formation d’ingénieur avec des compétences de gestion de projet des systèmes d’informations. On parle ici des prémices de ce que deviendra le digital ! Après ses études et une première expérience en cabinet de conseil à Paris, il retourne au pays 5 ans plus tard. Il commence alors par travailler dans une société de construction, avant de se lancer dans le trading et puis finalement, il décide de fonder sa propre entreprise. Il reprend des études en management et business, et commence à partager son expérience avec des étudiants. En grand passionné de la technologie au service du bien commun, il accompagne et crée des startups à impact depuis désormais 9 ans, selon trois axes d’actions principaux : la tech for good, l’innovation au service de la société et le travail autour du changement climatique. Ces dernières années, Karim investit ainsi beaucoup de son temps dans la formation des jeunes et dans l’agriculture dans le sud de l’Algérie.


“Je me suis récemment rendu compte que j’avais toujours eu l'âme d’un entrepreneur. Je me souviens qu’à quinze ans, en plein milieu de la décennie noire algérienne, j'organisais des boums. Ce premier business était un flop total mais cela n’en était pas moins une première expérience entrepreneuriale !”


Un projet pour faire coïncider conscience environnementale et besoin du terrain


C’est en 2015 que la prise de conscience environnementale de Karim a lieu. En tant qu’enfant de la mer, il se rappelle qu’une fois en France, c’était la mer (et les chats de rue) qui lui manquait le plus. Pendant toute son enfance, il faisait de la voile, de la pêche, de la plongée et a pu voir de ses propres yeux la dégradation progressive de la mer.


En complément de son histoire personnelle, ce sont des rencontres professionnelles qui l’ont progressivement dirigé vers le projet qu’il développe aujourd’hui. Il y a eu cette rencontre avec des anciens contrebandiers de coraux entre l’Algérie et la Sardaigne. Ces hommes se voyaient contraints et forcés de se tourner vers cette activité illégale en raison du manque d’opportunités économiques dans leur région. En 2018, il y a aussi eu la rencontre lors de Vivatech de cette startup qui produisait des récifs artificiels pour cultiver des coraux à partir des déchets (gravats) du secteur du bâtiment. Et enfin, la rencontre avec un ex-ministre de la pêche et de l’agriculture, avec qui il a pu discuter et échanger au sujet des relations entre mer et désert, développement économique et protection environnementale.


Ces différents événements ont permis à Karim d’aboutir à cette idée de plateforme web spécialisée dans le crédit carbone qui regrouperait toutes les initiatives, marines et terrestres, qui permettent la capture de CO2. En complément, il souhaite créer des nurseries de corail en mer pour restaurer la biodiversité marine, capter le dioxyde de carbone, et créer des opportunités économiques pour les personnes tentées par la contrebande. Mais le projet de Karim ne s’arrête pas là, puisqu’en parallèle des nurseries installées en pleine mer, il veut également en créer “onshore”, au milieu du désert. Car pour ceux qui l’ignorent, l'agriculture du sud de l'Algérie est confrontée au problème de la gestion d’eau saline, qu’on y trouve en abondance. C’est donc à partir de cette eau salée, non exploitée, que les nurseries de corail dans les terres pourraient prospérer. Ces exploitations permettraient encore et toujours d'accélérer l’implantation de coraux en mer, de créer des emplois et de réduire les fractures économiques, sociales et humaines dont souffrent les populations du désert.


“L’idée c’est aussi de cultiver ce corail éco-friendly pour le vendre à des marques de luxe.”


Aujourd’hui ce projet ambitieux prend progressivement forme avec la signature de partenariats, l’élaboration d’un business model durable, le début de tests pour les coraux onshore et inshore, la rencontres avec des aquaculteurs, un rapprochement avec des institutions de recherches et développement… mais surtout avec la mise en ligne de la plateforme web/mobile ‘AKOMA’, dont l'algorithme permet d’estimer l'empreinte CO2 des particuliers et des entreprises, et de leur offrir plusieurs packs de compensation (plantage d’arbres dans les oasis, marrainage de coraux…). Le prochain objectif à atteindre en 2023-2024 est de lancer des projets de recherche sur les changements génétiques des coraux, en lien avec le changement climatique, afin d’obtenir un appui technique à la culture de ces espèces.



L’Académie, un regard extérieur nécessaire au développement du projet

Pour Karim, qui se trouve généralement dans la position du coach, redevenir un apprenant dans le cadre de l’Académie n’allait pas forcément de soi. Et pourtant, en tant que porteur de projet, il avait besoin de trouver un cadre propice à la confrontation d’idées, et c’est chose faite avec ce programme. L’Académie s’est présentée comme un terrain de test où des interlocuteurs aux profils hétéroclites et complémentaires pouvaient lui apporter une nouvelle perspective, de nouvelles idées, et des nouvelles critiques constructives. Mais en plus de cet aspect projet, l’Académie représente pour lui une aventure humaine extrêmement riche à travers la construction d’un réseau méditerranéen d’acteurs engagés, et d’intervenants experts dans leur domaine.


“Tout entrepreneur doit pouvoir fournir un storytelling percutant, et pour cela, rien de mieux que de le rattacher à une réalité existante. Avec les cours de l’Académie j’ai pu renforcer mon storytelling.”


Plus spécifiquement, Karim a trouvé dans le contenu de l’Académie le matériel intellectuel, historique et sociologique nécessaire à l'élaboration d’un storytelling plus précis, plus sensé. La partie théorique apportée par Martin Serralta (approche prospectiviste) et les intervenants de Aix Marseille Université (enjeux et histoire de la Méditerranée) ont permis cette phase de test and learn qu’il recherchait. La partie pratique, dédiée à l’accompagnement projet par Minassa, s’est également révélée complémentaire à l’approche que Karim a de son projet. La rencontre personnalisée avec le coach projet, lui a enfin donné de nouvelles perspectives et conseils pour son projet de levée de fonds.


Une cohorte unie, à fort potentiel


Karim a trouvé dans la cohorte de la bienveillance et un espace privilégié pour le partage d’expérience entre apprenants, un sentiment renforcé par la retraite organisée à Marseille. Cette rencontre entre méditerranéens passionnés a rapidement donné lieu à une entre-aide au-delà des frontières maritimes ! Aujourd’hui, Karim a pu mettre en relation Camilla et un ami algérien qui récupère des voiles bâteau, matières premières du projet de notre représentante italienne. C’est aussi les expertises complémentaires des apprenants qui apportent une valeur ajoutée et une mine d'opportunités à cette cohorte. Désormais chacun peut trouver dans son collègue académicien, un expert de tel ou tel aspect de son projet.


“Je souhaite que l’Académie des talents puisse perdurer afin que nous puissions voir l’aboutissement de tous ces projets”.


C’est pour cela que Karim souhaite de tout coeur voir perdurer l’Académie. Selon lui, la richesse de ce programme pourra être révélée à condition que plusieurs cohortes se succèdent et s’entre-aident année après année. Pourquoi ne pas envisager que ce soit les alumnis qui animent la cohorte suivante ? Comment est-ce que les futures cohortes pourraient capitaliser sur les connaissances acquises par la première ? C’est en créant un lien viscéral et solide entre les projets que cette Méditerranée souhaitable pourra voir le jour.


Un grand merci à Karim pour cette interview, ses nombreuses idées et attentes envers le programme.



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