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Episode 7 : Renforcer la sécurité alimentaire en Méditerranée, le défi de Mohamed Ouchene.


Nous continuons notre série de portraits avec l’agronome Mohamed Ouchene. Originaire de la région de Bouira en Kabylie, Mohamed a grandi entouré de vergers d’oliviers. Cette enfance passée dans cette région oléicole, l’a naturellement influencée dans ses choix universitaires et de carrière. Après des études en oliviculture et en oléotechnie, réalisées entre l’Espagne et l’Algérie, Mohamed s’engage dans l’humanitaire sur la thématique de la sécurité alimentaire dans le désert du Sahara. En parallèle de son métier, et dans le cadre associatif, il prend part à une initiative écologique qui souhaite valoriser les déchets organiques issus de la production d’huile d’olive. Industrie omniprésente en Algérie, et dans le reste de la Méditerranée, cette industrie bien que traditionnelle et locale, est à l’origine d’une pollution environnementale très importante. Dans une région sensible aux incendies, le rejet en pleine nature des grignons d’olive représente un combustible à haut risque, en plus de polluer l'environnement. Ajouté à cela le rejet des liquides de rinçage des fruits qui contaminent les nappes phréatiques, la production d’huile d’olive doit trouver des alternatives à ce non-sens écologique. Accompagné par ses proches et influencé par son travail en ONG, Mohamed Ouchene décide d’agir à travers un projet entrepreneurial. Son idée: valoriser les résidus de l'oléiculture en utilisant son compost pour cultiver des champignons destinés à la consommation. Impact environnemental et impact sociétal sont ainsi assurés! Interviewé par l’équipe de l’ATM, Mohamed nous présente son parcours et les détails de son projet.




Un parcours méditerranéen


À l'instar de l’olivier, le parcours académique de Mohamed est particulièrement méditerranéen. Après un diplôme d’ingénieur en agronomie à l’Ecole Nationale d’Agronomie d’Alger, il a l’opportunité d'effectuer un master à l’étranger grâce au Centre International Des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM), un programme académique qui valorise la coopération entre les deux rives de la Mare Nostrum. Ce réseau universitaire situé sur le pourtour méditerannéen, lui permet ainsi de réaliser un master en oliviculture et oléotechnie à Cordoue, en Espagne. Cette formation lui apporte de solides compétences dans la culture de l’olivier et l’extraction de son l’huile. Son master en poche, Mohamed occupe d’abord un poste d’enseignant vacataire en université mais peu convaincu par son expérience, il décide de se réorienter et commence à travailler auprès d’Oxfam, une ONG internationale, à Tindouf. Avec ce nouveau poste, Mohamed s’attaque au problème d'insécurité alimentaire à laquelle les réfugiés Sahraouis sont exposés, et s’applique à renforcer leurs capacités de production.


En 2016, il décide de renouer avec le domaine oléicole. Devant la pollution produite par le secteur et les quantités de déchets non traités rejetés dans la nature, il développe une solution de revalorisation de ces derniers. Deux types de déchets sont issus de la production d’huile d’olive, les grignons d’olives, composés des résidus de noyaux et de chairs, et les margines, les résidus liquides (eaux de rinçage). Habituellement brûlés, ou rejetés en pleine nature, ils causent des dommages environnementaux conséquents. Mohamed décide donc de collecter ces déchets et d’en faire du compost. Pour cela il collabore avec l’association environnementale Thazmourth avec laquelle il participe en 2016 au programme SwitchMed. A l'issue de celui, ils reçoivent la nomination de la meilleure innovation socio écologique.


“ Développer ce projet nous a permis d’obtenir un compost de qualité via la valorisation des grignons d’olive. Mais réaliser ce projet dans un cadre associatif présente ses limites. Pour rendre mon action durable, il fallait s’orienter vers l’entreprenariat.”









Allier protection de l'environnement et sécurité alimentaire.


Pour assurer la pérennité de son action, Mohamed doit se tourner vers l’entrepreneuriat. Il se rend rapidement compte qu’il doit revoir son business model en raison de la forte concurrence dans le secteur du compost en tant que produit fini. Il repense son projet à la lumière de son expérience avec Oxfam, et les conseils de ses proches. Ensemble, ils décident de se lancer dans la production de champignons comestibles, les pleurotes, en utilisant le substrat des grignons d’olives comme terreau. Cette culture, économiquement très rentable, lui permet ainsi d'assurer le développement du projet. Aujourd’hui, Mohamed est encore en phase d’expérimentation car la composition du sol sur lequel cultiver les champignons n’est pas arrêtée. Il lui faut trouver la combinaison parfaite entre compost de grignons d’olive, et le compost d’autres déchets. Une fois que ce sera chose faite, Mohamed souhaite lancer une production à grande échelle.

Avec cette activité supplémentaire, Mohamed participe ainsi à la réduction des dommages environnementaux provoqués par l’industrie oléicole, tout en assurant la production d’un aliment à forte valeur nutritionnelle qui peut représenter pour la population, une source alternative et plus accessible en protéines, vitamines et sels minéraux. Car son projet ne se limite pas à l'Algérie! Avec 95% de la production mondiale d’huile d’olive issue de la zone méditerranéenne, s’adresse à la région entière.


“L’olive est omniprésente en Méditerranée. Mon projet de valorisation des déchets issus de la production d’huile est donc par nature scalable et réplicable dans la région.”


L’Académie, l’opportunité de continuer son scale-up

La refonte du projet de Mohamed l’a poussé à rechercher un accompagnement qui, non seulement, l’aiderait à consolider son concept, mais qui serait aussi aligner avec ses aspirations méditerranéennes. C’est exactement ce qu’il a trouvé dans l'Académie des talents.


“ La dimension méditerranéenne du programme m'a motivé à postuler. En effet, mon idée de projet traite d'une problématique qui touche l’ensemble de la région, impliquant la possibilité de dupliquer ma solution dans cet espace. ”


Attentif et volontaire lors des cours, Mohamed ne tarit pas d’éloges sur la formation. Pour lui, le programme se démarque des autres cursus par la diversité des thématiques abordées, les profils complémentaires des bénéficiaires, et ses deux temps en présentiel. Les cours assurés en ligne par des intervenants de Aix Marseille Université lui ont permis d'affiner sa connaissance des grands enjeux méditerranéens, et les ateliers avec Martin Serralta et Minassa lui ont permis de poser de solides bases pour son projet entrepreneurial.


“L’Académie des talents méditerranéens n’est pas un programme comme les autres. La variété des thématiques abordées me permet d’enrichir mes connaissances et me sensibilise à de nouveaux sujets.”



Une implication malgré les contraintes professionnelles

Mohamed a entamé son activité de valorisation des déchets alors qu’il travaillait à Tindouf, une ville située à 1500 km d'Alger et de son domicile. Malgré le soutien de ses proches dans la gestion quotidienne du projet, cette situation ne lui convenait plus. Début décembre, il décide de quitter Oxfam pour un poste basé dans la capitale dans un organe des Nations Unies. Si ce changement de carrière lui a permis d’évoluer professionnellement et de se rendre plus disponible pour son projet, il est intervenu au moment de la retraite en présentiel à Marseille, le contraignant à ne pas y participer. Malgré cette absence à ce premier temps fort du programme, l’implication de Mohamed pour les cours en digital ne s’est pas essoufflée, bien au contraire.


Sa relocalisation à Alger lui a également permis de se rapprocher des autres talents, et notamment de Karim Brouri! À l'occasion de la venue en Algérie de Meriem Aouadi, l’un de nos Talents tunisiens, pour le Forum Notre Futur organisé par l’Institut Français, Mohamed a pu rencontrer ses deux collègues académiciens. Ensemble ils ont pu échanger sur leurs différents projets, resserrer les liens qui les unis et partager avec Mohamed l’expérience de la retraite marseillaise. Une rencontre qui lui a donné un aperçu de ce qu’il retrouvera à Tunis lors du deuxième présentiel de l’Académie!


“J’ai hâte de rencontrer le reste de la cohorte à Tunis lors de la seconde retraite!”


Merci à Mohamed de nous avoir accordé cette interview, et de nous avoir présenter son projet impactant ainsi que son parcours inspirant au sein de l’Académie !




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